Pour conclure, nous avons donné la parole au porteur du projet : regard lucide sur les limites de l'exercice, retour sur le pari technique et enseignements du salon. (Propos recueillis par QL3D, condensés.)
Un salon reconstitué au milieu de VivaTech reste un environnement particulier : le visiteur sait qu'il est observé. Comment faites-vous la part entre comportement naturel et comportement induit par le contexte ?
« C'est une vraie question, et c'est justement pour cela que nous ne présentons pas le Lab comme une étude scientifique définitive, mais comme un dispositif d'exploration et de démonstration. Notre approche a été d'observer des signaux : ce que les personnes regardent spontanément, manipulent, commentent, reposent. Si un objet physique arrive à créer de l'attention dans un environnement aussi saturé que VivaTech, il y a quelque chose à creuser. La suite logique consiste à prolonger ces observations dans des conditions plus proches du domicile réel, avec des protocoles plus maîtrisés. »
Suivre un objet aussi fin et léger qu'une lettre, à 10 centimètres près, dans le brouhaha radio d'un salon : un pari risqué ?
« Oui, clairement. Et c'est ce qui rendait le projet intéressant. Une lettre, ce n'est pas un colis équipé ni un device pensé pour être tracké : c'est un objet fin, manipulé rapidement, posé, repris, parfois masqué. Mais ce pari correspondait à notre ambition : comprendre la vie réelle d'un média physique. Et demain, l'intérêt sera de concevoir des courriers prototypes à façon (événementiel, premium, découverte produit, fidélisation) et de comparer ces approches, pour construire progressivement une véritable grammaire de l'attention physique. »
Ce que vous avez observé a-t-il confirmé vos hypothèses ?
« Nous avions trois hypothèses : le courrier peut redevenir un objet d'expérience, pas seulement un support de message ; le domicile est un territoire d'attention très différent du digital ; l'IA, l'eye-tracking et l'IoT peuvent rendre visibles des comportements jusque-là difficiles à mesurer. L'intuition a été confirmée : les visiteurs comprenaient très vite, dès qu'on passait du discours à la scène. La confirmation la plus forte, pour moi, c'est que le courrier devient intéressant quand on ne le regarde plus comme un canal de diffusion, mais comme un objet relationnel : vu, touché, déplacé, parfois partagé. »
Votre plus grande surprise ?
« La facilité avec laquelle les visiteurs se sont projetés. On aurait pu croire le sujet très technique. En réalité, une boîte aux lettres, un canapé, une lettre : c'est universel. La technologie ne volait pas la vedette, elle rendait visible quelque chose de très simple : l'attention ne se limite pas à un clic ou un taux d'ouverture. Elle peut se jouer dans un geste, un temps de lecture, une conversation autour d'un support posé sur une table. »
Si vous deviez résumer en une phrase ce que QL3D a apporté au projet ?
« QL3D a rendu mesurable et scénarisable une intuition métier : le courrier ne s'arrête pas à la boîte aux lettres, il continue sa vie dans le foyer. »
Et maintenant, la suite ?
« Passer d'une démonstration spectaculaire à un actif réellement exploitable : des protocoles plus robustes, des panels, des cas d'usage annonceurs, des formats à comparer. L'ambition n'est pas de faire de la technologie pour la technologie, mais d'aider les marques à mieux concevoir leurs communications physiques. Nous entrons dans une nouvelle ère du média physique : plus expérientiel, plus mesurable, plus intelligent mais qui garde sa force principale, sa capacité à entrer dans la vraie vie des gens. »
Le Lab de l'Attention est un projet de co-innovation La Poste × QL3D × Tobii × Kuzzle, présenté à VivaTech.